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Chambre 8 - Giuseppe Maggi

Le Docteur tessinois Giuseppe Maggi a laissé un héritage humaniste et missionnaire inestimable. Il a

fondé cinq hôpitaux au Cameroun, une œuvre de dévouement et de générosité qui est relatée dans

une biographie signée par le pasteur Zachée Betché (dont vous pouvez disposer si vous le souhaitez).

Né en 1910 dans le Toggenburg, le père de Giuseppe était un ingénieur tessinois travaillant pour le

Après ses études de médecine à Paris et à Lausanne, Giuseppe Maggi a exercé d';abord à La Chaux-

de-Fonds, puis dans le Val-de-Travers, où il a ouvert son propre cabinet médical. Sa foi profonde

était évidente, et elle n'est pas passée inaperçue dans la paroisse catholique locale, qui a toujours

soutenu son engagement en Afrique. Cependant, ses compétences médicales étaient également très

estimées par la population.

En 1949, il s'aventure en Afrique, d'abord au Tanganyika, chez les Pères Blancs, au pied du

Kilimandjaro. Bourreau de travail et un hyperactif, Giuseppe Maggi poussait son entourage à bout, y

compris les sœurs infirmières qui l'entouraient. Il était aussi très exigeant envers les missionnaires,

les traitant parfois de lumache (escargots en italien). Cependant, il percevait les besoins immenses

de la population locale et n'acceptait aucune excuse pour ne pas les y répondre. Cette détermination

de fer, associée à un esprit farouchement indépendant, a caractérisé toute sa carrière.

1951, Giuseppe Maggi s'installe au Cameroun, d'abord à Omvan, près de Yaoundé, puis à St-André,

où il a fondé son premier hôpital. Le mot  à l'époque signifiait bien plus qu'aujourd'hui : cela

impliquait de concevoir les plans, d'engager des ouvriers, de creuser les fondations, de constuire,

puis de former les infirmiers. En cela, Maggi était précieux, car partout où il passait, les infirmières et

infirmiers acquéraient une expertise exceptionnelle. Ils étaient capables de faire fonctionner

l'hôpital même en l'absence prolongée du médecin et de réaliser des opérations par eux-mêmes.

1959, les hôpitaux et dispensaires de la région fonctionnant à la satisfaction de Maggi, il décida de

prendre deux camions pour se rendre dans le Nord du Cameroun, à 1200 kilomètres de là. Il

s'installa à Tokombéré, un gros village au pied des monts Mandara, une région particulièrement

misérable.

Giuseppe Maggi écrivait en octobre 1961 : Les étrangers qui viennent ici sont surpris, parfois

humiliés, de trouver encore des êtres humains qui vivent dans des conditions pareilles et remercient

le ciel de ne pas être nés ici. Les Kirdis ne possèdent qu'un sarcloir rudimentaire, une espèce de

faucille, une pipe en métal, un petit arc et parfois une lance. Leur casene contient que deux ou

trois pots en terre cuite pour l'eau et la cuisine. Aucun habit, aucune couverture, pour lit une

planche de 120 x 35 cm. Pourtant, ces gens sont actifs, sympathiques et joyeux.

S’associant avec un prêtre camerounais du Sud, Baba Simon, il développa une profonde amitié,

fondée sur la foi. Le Docteur Maggi était bien plus qu'un humanitaire, il était un laïc missionnaire

Le tandem Maggi-Baba Simon fonctionnait à merveille et parvenait à désamorcer les conflits

ancestraux entre les ethnies locales.


Cependant, un drame survint en 1961 lorsque la case de Maggi brûla entièrement, emportant avec

elle son matériel, ses livres, ses fusils (car il était aussi un chasseur accompli) et tous ses souvenirs.

Beaucoup auraient abandonné à ce stade, mais Maggi rebondit. Le désastre suscita un fort élan de

solidarité en Suisse. La télévision s'en mêla, des articles se multiplièrent dans la presse, et une

association de soutien se forma au Tessin. Les dons affluèrent.

En 1966, Maggi fonda un autre hôpital à Petté, plus au Nord. Plus tard, il s'installa à Zina, une région

de marécages inondée jusqu'à huit mois par an. Le médecin parcourait la région en hors-bord,

opérant lui-même quand il ne pouvait pas être à l'hôpital. Un jeune médecin, le Dr Felix Küchler,

venu en 1979, laissa une description vivante de la pratique médicale de Maggi :

Sur le plan médical, le Dr Maggi savait s'adapter aux conditions locales. Il se formait lors de séjours

en Europe, devenant un spécialiste polyvalent qui ne rejetait pas les méthodes anciennes. Il

maintenait certains traitements de l'ère pré-antibiotiques jusqu'à sa mort. Ces traitements peuvent

sembler terribles aujourd';hui, mais ils étaient efficaces et peu coûteux. Par exemple, il utilisait

l'injection d'alcool en intraveineuse pour traiter des infections sévères comme la pneumonie. Certes,

le patient tombait dans un état d'ivresse profond, mais l'alcool tuait les bactéries sans causer de

dommages excessifs.

En 1973, Maggi à Mada, tout au nord du Cameroun, Maggi créa son dernier hôpital, où il repose

désormais. Aujourd'hui, la plupart de ses œuvres continuent de servir, Comme le Dr Aurenche,l'un

de ses successeurs, l'a déclaré : "Il est le fondateur. Sans lui, rien n'aurait été fait.

L'une des biographies les plus sincères de Giuseppe Maggi a été écrite par Zachée Betché, qui fut

longtemps pasteur dans le canton de Neuchâtel. « Le regard en miroir, d'un Noir réfléchissant sur le

travail d'un Blanc dans son propre pays, est aussi fascinant que l'homme lui-même ». Giuseppe

Maggi avait un caractère bien trempé, parfois colérique, mais sa magnifique humanité l'a toujours

sauvé. Zachée Betché, qui le préférait à Albert Schweitzer, offre des réflexions profondes sur la

relation entre Maggi et les autochtones : Certes marqué par la vision & primitiviste qui voyait dans

ces populations les cousins à peine évolués des hommes des cavernes, Maggi sut pourtant éviter de

nombreux pièges. Ni angélique, ni condescendant à l’égard des Africains, il n’a pas hésité à

bousculer missionnaires et fonctionnaires quand il s’agissait de sauver l’autre. Et de l’aimer.

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